Jean-Pierre Hamon

accueil.html
 

ACTES du DESERT / actualité

PHOTOGRAPHIE                               

VIDEO                             

INSTALLATION                               

TEXTE                             

L’AUTEUR                             

L’APRES AVANT-GARDE

(DE LA FIN D’UNE EPOQUE A TOMBOUCTOU)


de

Jean-Pierre HAMON








































L’APRES AVANT-GARDE (DE LA FIN D’UNE EPOQUE A TOMBOUCTOU) in REVUE DE BIBLIOLOGIE [SCHEMA & SCHEMATISATION N°78] / S.S.B. et L’HARMATTAN Coéditeurs Juillet 2013 / Titre de l’ouvrage : De l’Occident libéral à l’Eurasie communiste (1ère partie - La Politologie bibliologique / 2ème partie - Le Sahel cruciforme / 3ème partie - L’Afrique sub-saharienne et Madagascar)  / en collaboration avec Marie-France BLANQUET, Bob BOBUTAKA BATEKO, Mohamed DIAGAYETE, Robert ESTIVALS, Jean-Pierre MANUANA-NSEKA, Martin RANIVO, Henri SENE, Samira TALEB, Eddie TAMBWE, Moussa Ibrahim TOURE (sous la direction de Danièle et Robert ESTIVALS).




L’APRES AVANT-GARDE

(DE LA FIN D’UNE EPOQUE A TOMBOUCTOU)


de

Jean-Pierre HAMON






"Ne faites pas comme ces explorateurs sans pudeur, magnifiques, à leurs yeux, de mélancolie, qui trouvent des choses inconnues dans leur esprit et dans leur corps !"

Isidore Ducasse, Poésies



Nous sommes tout particulièrement redevables à l’avant-garde de l’apport innovant des deux dernières générations les plus radicales couvrant la période 1945-1968 à un point qu’il a présidé à la genèse de notre production « artistique » qui s’inscrit dans le même esprit de création.


Notre production trouve son ancrage à l’arrière-garde, c’est-à-dire au passage entre la fin de l’avant-garde et le post-modernisme, et recouvre plusieurs périodes allant de 1974 à nos jours. De 1974 à 1978, puis de 1980 à 1983 et enfin de 1986 jusqu’à 2001, elle utilise ou mêle le plus souvent de manière indifférenciée l’image, le signe, le texte par le moyen d’un support classique d’expression ; à partir de 2005, elle en abandonne le procédé au profit d’une expression plus libre dans l’espace ou de celui de la scène théâtrale tant pour la parole que pour la danse.


La technique liée à la fabrication d’une image se limite volontairement à l’usage de l’aplat, faisant appel à la notion de « plan sur plan » tout en laissant libre le choix chromatique. Elle emprunte de même à la sémiologie graphique les sept variables visuelles (de troisième dimension) utilisées en cartographie.

L’intention construite d’une image intègre trois démarches : publicitaire, séquentielle, sociologique - par une mise en perspective analytique [et non pas simplement esthétique] de la réalité.

Selon le nombre, chaque image se lit comme la page d’un livre ouvert. 


L’année 1992 sera marquée par la démocratisation de l’outil informatique à usage domestique, en même temps que par la propagation d’un déferlement d’images incontrôlé aux effets tentaculaires. Elle sonne pour nous la fin du monde de l’image. Par l’image donc, ravalée à un vide de sens, nous nous retrouvions dans la situation où il n’y avait plus rien à inscrire de vraiment nouveau dans un monde désormais saturé d’informations mercantiles.


Le silence et le refus de produire s’imposaient à nous comme une nouvelle résistance face au règne de la confusion « artistique » généralisée. Ainsi, en dehors d’un livre édité en 2001 (proposant aussi une série picturale directement improvisée sur un tirage du livre imprimé à plat sur papier d’Arches), RROSE MAYOURY SELAVY [Contribution à l’analyse critique des effets de l’esclavage et de la colonisation] aura été notre dernière création de quatorze tableaux conçus et réalisés entre 1988 et 1992.



TOMBOUCTOU



Les « ACTES DU DESERT » ont vu le jour les 13 et 14 janvier 2006 dans le désert à la périphérie de TOMBOUCTOU au MALI. Deux peintres-calligraphes, deux photographes et un chorégraphe ont jeté leur dévolu par un ensemble ritualisé de signes en un point de convergence entre le zéro et l’infini où cosmos et sacré, présence minérale à ciel ouvert et croyances fétichistes nouent et dénouent encore des rapports très intimes.


L’action a consisté pour les deux peintres à poser à l’intérieur d’un cercle ou à l’extérieur de ce dernier des signes ou figures libres, des idéogrammes et des écritures faisant référence aux alphabets songhaï et tifinagh (*), tantôt directement dessinés avec les doigts de la main sur le sable ou abandonnés selon la méthode du « dripping-sand », tantôt peints ou dessinés sur d’autres supports tels que le tissu tendu ou le papier.


L’action a été dans le même temps saisie sur le vif par les deux photographes selon leur sens de l’improvisation et de la concertation, avec la diversité des techniques de captation propres aux types d’appareils qu’ils avaient sous la main et sans que ces derniers aient pu intervenir de manière directe sur le déroulement autonome et parallèle des deux peintres.


Le déploiement chorégraphique qui a été envisagé en seconde partie s’est déroulé le lendemain sous la forme d’un solo.

 

L’action a consisté pour le danseur-chorégraphe à disséminer et/ou, dans la mesure du possible, tenter de faire disparaître l’ensemble des traces imprimées sur le sable par une composition entièrement libre qui s’est étirée sur une durée unitaire d’une trentaine de minutes en rapport à la ou les tonalité(s) thématique(s) choisie(s).


L’action a consisté de même pour le danseur-chorégraphe à organiser avec l’esprit d’un détournement spécifique à la danse un très large panorama de figures dans l’espace à l’appui des grands tissus tendus sur lesquels les deux peintres ont imprimé des signes ou des figures. 


Note importante :


Hormis l’inscription libre sur des tissus tendus ou du papier, nous avions convenu avec mon homologue malien de faire apparaître [par l’usage d’un sable de couleur ocre rouge rapporté de TOMBOUCTOU] une figure symbolique à l’intérieur d’un cercle de vingt-cinq mètres de diamètre élaborée avec les trois hiérogrammes songhaï suivants :


Le signe de l’ouverture [feerari] surplombant celui de la racine [linji] avec en dessous un grand signe très étiré horizontalement ayant pour sens aller [koy] (**).


En bref : UN ALLER-RETOUR ENTRE RACINE(S) ET OUVERTURE.


A partir de cet ensemble, il a été envisagé une édition trilingue (français, songhaï, tamashek) du livre des « ACTES DU DESERT ».


A près de sept années de distance, le raccourci de notre action fait curieusement écho aux événements politiques liés à l’occupation dans la zone sahélienne du MALI de TOMBOUCTOU à GAO et jusqu’à KIDAL. L’expérience des traces - de leur inscription comme de leur fragilité poussiéreuse - se présente à l’identique de celles qui ont fait l’objet d’un dépôt progressif du savoir millénaire [principalement consigné par l’écriture arabe] au cœur même de la cité mythique de TOMBOUCTOU.


Avoir les pieds dans l’eau participe du bleu du ciel. Nous n’avons cependant pas traversé la boucle du fleuve à la nage. Comme toute expérience d’éternité provisoire, la conscience s’éveille dans une zone floue qui reste imperceptible des deux rives d’un fleuve et dont nous en éprouverions la plénitude en le traversant. Tout est là. Mais, clamer « terre » l’instant d’après reste un non-sens qui ferait écho à une imagerie d’Epinal. C’est pourtant cet instant d’après qui se marque comme la progression finale vers une terre promise car il n’y a pas de cohabitation plus noble pour une cité qui émerge du sable en faisant face au désert (et en léger retrait de l’eau) comme un défi lancé à une nature devenue subitement aride.

Transition rapide, une lumière blanche, presque grise, reflétée par le sable, s’impose aux abords de TOMBOUCTOU.

Le sable enrobe complètement cette cité si mystérieuse.

Puis, le jour s’estompe, assez rapidement. Dans cette perspective, quelle belle nuit étoilée pour celui qui viendrait trouver ici l’étoile du berger ! Je chercherai à en vérifier beaucoup plus tard le symbole cosmique.

Il s’agit là de ma première soirée dans une maison construite en banco aux murs épais…


Est-ce bien dans un océan de sable que nous écrivons pour voir aujourd’hui ?



Paris, le 31 mars 2013





ACTES DU DESERT








(*) Cf. Planche tifinagh reproduite [page 104] in L’Aventure des Ecritures [Naissances] - BNF, 1997.

Tifinagh [en variante « adghagh » pour le MALI avec vingt-quatre signes].

« Comme pour les libyques, la facture est géométrique mais les tifinagh ont en outre des lettres à points, isolés ou associés à des traits. Le système alphabétique actuel - non cursif - est resté consonantique, mais comprend deux semi-consonnes qui peuvent avoir fonction de voyelles : /w/ et /y/. Par ailleurs, le point /./ ne peur être employé, traditionnellement, qu’à la fin d’un mot avec la valeur /a/ mais aussi, sporadiquement, avec la valeur /i/ et /u/. Ce point, qui indique la fin d’un mot ou d’une séquence, constitue une pseudo-segmentation dans une écriture qui n’en a pas.

« Cette compacité graphique - sans segmentation et sans voyelles - est accentuée par l'usage de lettres à valeur biconsonantique : un signe représente deux sons, sous certaines conditions.

« Le sens de l’écriture est traditionnellement vertical, de bas en haut, mais il peut être également horizontal de gauche à droite et de droite à gauche, en boustrophédon et quelquefois en spirale. »

In L’ECRITURE TOUAREGUE : LES TIFINAGH, Mohamed AGHALI-ZAKARA et Jeannine DROUIN - L’Aventure des Ecritures [Naissances] - BNF, 1997. 


(**) Cf. Planche songhaï (ou songhoï) d’une cinquantaine de hiérogrammes [page 78 à 80 du livre cité infra] avec la présentation suivante :

« L’écriture songhoï, sans même se référer à sa tradition, rappelle forcément l’Egypte ancienne, puisqu’elle est destinée à communiquer avec les esprits. Rappelons que le mot hiéroglyphe signifie gravure sacrée. Ces signes que Greenberg rattache aux langues nilo-sahariennes servaient uniquement à communiquer avec les esprits. Il s’agissait donc de hiérogrammes en quelque sorte et seuls les Kumbaw les connaissaient.

« Il existe également un deuxième type de signes dits de « travail » ou encore « secrets magiques ». Ces derniers se réfèrent à la géomancie. »

In MYSTERES SONGHOI, Michel DAMBLANT / Moulaye Ali TRAORE / Ibrahim Miharata MAÏGA - Edité par l’ADDES Rennes, 2004.

 

"Deuxième tirage / Passage d'encres Éditeur"

Les Actes du désert / ©Jean-Pierre Hamon 2012 - Réalisation graphique : C.Galatry 2012

1 / 2 / 3